
Les traboules du Vieux Lyon : histoire & architecture
Lyon possède des dizaines de passages que l'on nomme « traboules ». Mais qu'est-ce qu'une traboule ?

VISITER LE
VIEUX LYON &
SES TRABOULES
À Lyon, lorsque la porte d'entrée d'un immeuble s'ouvre sur un long couloir, on parle traditionnellement d'une « allée ». Lorsque celle-ci se prolonge à travers une cour, passe sous un second corps de bâtiment et permet de rejoindre une autre rue, elle devient ce que les Lyonnais appellent communément une traboule. On s'y engage pour « trabouler », c'est-à-dire passer à travers les immeubles et les îlots de la ville.
Le mot appartient au vocabulaire régional lyonnais. Son origine exacte reste cependant discutée. L'étymologie traditionnellement avancée rapproche le verbe « trabouler » du latin trans ambulare, que l'on peut traduire par « passer à travers ». Cette explication, très répandue dans la littérature lyonnaise, n'est toutefois pas considérée comme certaine par les linguistes. Le terme s'inscrit dans un environnement linguistique marqué notamment par le francoprovençal, langue romane historiquement parlée dans la région lyonnaise, une partie des Alpes et jusqu'en Suisse romande.
Le vocabulaire lyonnais s'est également enrichi de termes plus familiers. On rencontre ainsi parfois le mot « miraboule » pour désigner une traboule qui ne débouche pas sur une seconde rue et se termine en fond de cour. Quant au verbe « dérambouler », il appartient à un registre local et plaisant : il est notamment employé pour évoquer le fait de descendre à travers les passages et les traboules des pentes de la Croix-Rousse.




Une légende urbaine veut que l'on ait construit des traboules pour faciliter le passage des porteurs de soie. S'il n'est pas faux de parler de cet usage fonctionnel pour les traboules des pentes de la Croix-Rousse, afin de raccourcir le cheminement depuis les ateliers entre le haut et le bas de la colline, on ne peut pas rattacher cet usage aux traboules du Vieux Lyon. Historiquement, on traboule pour atteindre un immeuble enserré en cœur d'îlot, ainsi que pour traverser un îlot. Les traboules facilitent le passage entre les rues intérieures et la Saône. Mais les traboules n'ont nullement été construites pour protéger les marchandises : elles résultent avant tout de la densification progressive du tissu urbain.




Durant des centaines d’années, la ville de Lyon s’est vue contrainte dans son développement spatial par deux collines, Fourvière et la Croix-Rousse, ainsi que par un fleuve sauvage aujourd'hui dompté, le Rhône. Barrière naturelle difficilement franchissable, le Rhône a longtemps empêché l'étalement urbain. L'urbanisation de la rive gauche du Rhône est relativement tardive et s'accélère au XIXe siècle. Administrativement, l'ancienne commune de La Guillotière n'est rattachée à Lyon qu'en 1852.
Avec 150 000 habitants à la fin du XVIIIe siècle, l'ancienne ville était bien à l'étroit entre fleuve et collines, avec des immeubles remarquablement hauts et une densité poussée à l'extrême.
Pour pallier le manque de place, les Lyonnais ont été contraints de densifier leur habitat. Si au Moyen Âge, la cité ne comportait qu'une dizaine de milliers d'habitants, elle a connu une véritable explosion démographique aux XVe et XVIe siècles, passant à 60.000 habitants. Progressivement, les maisons basses ont laissé place à des immeubles plus élevés, tandis que les parcelles se densifiaient en profondeur. Un nouvel immeuble est souvent venu s'élever au milieu de la parcelle, sur l'emplacement d'un ancien jardin ou d'une première vaste cour. Petit à petit, les propriétés se sont connectées pour produire des « traboules », résultant d'une occupation profonde de chaque propriété dont la surface foncière n'a guère varié.
Pour économiser la place, les cours résultantes sont souvent étroites ; un escalier peut alors desservir plusieurs corps de bâtiments grâce à un système de galeries à arcades aménagées aux différents étages, sortes de « traboules aériennes ». Cette architecture spectaculaire, en clair-obscure, possède un charme pittoresque unique.


On peut trabouler à Lyon comme on utilise les passages couverts à Paris, à ceci près que les traboules sont des espaces d'habitation privés, essentiellement accessibles en matinée. Le Vieux Lyon conserve plusieurs traboules praticables, parmi les plus anciennes de la cité, notamment dans les quartiers Saint-Georges et Saint-Jean, le secteur sauvegardé en loi Malraux (24 ha protégés en 1964). En Presqu'île, les plus curieux découvriront celles de la petite rue Mercière, méconnues mais qui existent encore.
Sous le Second Empire, au milieu du XIXe siècle, de grands travaux urbains ont en effet fait disparaître les vieilles rues médiévales de la Presqu'île, et, avec elles, quantité de cours et de passages. Dès lors il faut aller dans les rues plus étroites du quartier Saint-Jean pour retrouver d'authentiques traboules, survivantes de plusieurs siècles d'histoire urbaine.



Tout au long des rues Saint-Jean, du Bœuf, des Trois-Maries, Gadagne, Juiverie ou Saint-Georges, on peut trabouler et pénétrer dans des maisons parfois vieilles de cinq cents ans. Leurs cours révèlent des architectures remarquables, où les façades en pierre de taille peuvent s'élever sur quatre ou cinq niveaux.
Trabouler permet de découvrir de très belles galeries aériennes et des escaliers remarquables qui sont la marque de cette cité édifiée en pierre, aux architectures très inspirées par l'Italie et l'art de vivre du Midi. Il suffit de se laisser guider pour être subitement immergé dans l'histoire marchande qui nous ramène au temps où la cité s’apparentait, à la Renaissance, à un « souk » : Lyon, cité colorée et exotique, cosmopolite et épicurienne, où les marchands venaient de toute l'Europe.
Les immeubles sont imbriqués, les espaces se succèdent, d'une cour à sa voisine, d'une rue à la suivante comme dans un labyrinthe. Cette succession de passages, de cours et d'escaliers donne aux explorations du Vieux Lyon leur caractère à la fois ludique et mystérieux : on s'y laisse volontiers égarer entre architecture, imaginaire et histoire.



Un guide privé pour vous accompagner dans cette magnifique architecture., pour vous et vos proches, sans regroupement de clients différents. Un moment unique et magique.


